Plus
de 40 000 mineurs passent tous les ans entre les mains des chirurgiens
esthétiques.
Certains par nécessité, beaucoup par effet de mode.
Offrir
une opération est aujourd'hui le dernier cadeau en vogue, constate El País.
La chirurgie esthétique fait de plus en plus d'adeptes en Espagne,
notamment parmi les jeunes.
Ils sont toujours plus nombreux à consulter
un médecin avec l'intention de subir ce type d'intervention.
Face à la
progression de cette popularité, les spécialistes tirent la sonnette
d'alarme, car ces interventions peuvent avoir des répercussions sur le
développement.
Aucune réglementation n'interdit pourtant ce genre de
pratique. L'image stéréotypée de l'adolescente qui vient voir un
chirurgien parce qu'on lui a offert une intervention de chirurgie
esthétique n'est plus farfelue.
Pour mettre un frein à la
généralisation de ces pratiques, des communautés autonomes [régions]
comme l'Andalousie les obligent à se soumettre à un test psychologique
préalable.
Car même les médecins ne s'accordent pas sur l'âge minimum
pour subir ce type d'opération.
Chaque année, près de 400 000 personnes subissent des interventions
de chirurgie esthétique.
Selon la Société espagnole de médecine
esthétique (SEME), on estime qu'environ 10 % des patients qui
sollicitent une intervention de ce type sont mineurs.
Plusieurs
souffrent d'une véritable pathologie, les autres éprouvent seulement
une fausse perception d'eux-mêmes ou aspirent à un idéal de beauté
extrême.
On imagine facilement l'adolescente qui se présente à son
rendez-vous avec la photographie de son idole – actrice, mannequin ou
chanteuse – pour montrer les lèvres, le nez ou le menton – ou même tout
cela à la fois – qu'elle souhaite avoir.
Et la réalité n'est pas
différente. "Ça peut sembler une anecdote, mais il est très fréquent
que des jeunes viennent nous voir avec des photos de célébrités pour
nous expliquer qu'elles veulent des lèvres comme celles d'Angelina
Jolie", précise Pilar Rodrigo, présidente de la SEME.
Que se passe-t-il lorsqu'un enfant ou un adolescent souhaite subir
une opération ? Conformément à la loi sur l'autonomie du patient, les
mineurs doivent obtenir le consentement des parents pour passer sous le
scalpel. Cependant, à partir de 16 ans, certaines interventions sont
possibles si on considère que le patient est suffisamment mature.
Si aucune réglementation n'empêche les médecins de pratiquer des
opérations de chirurgie esthétique sur des mineurs, nombreux sont ceux
qui affirment qu'ils ne le feraient jamais.
"On ne doit pas opérer un
corps qui est encore en période de croissance et de développement",
explique Antonio Porcuna, président de la Société espagnole de
chirurgie plastique réparatrice et esthétique.
De nombreux parents cèdent tout de même à la pression de leurs
enfants et leur offrent en cadeau d'anniversaire un traitement de
mésothérapie pour faire fondre la cellulite, par exemple, raconte
Victor García Giménez, président de la Société espagnole de médecine et
chirurgie cosmétiques.
Ce que l'on voyait déjà aux Etats-Unis ou dans
certains pays d'Amérique latine commence maintenant à se produire en
Espagne.
"Nombreux sont ceux qui délaissent les cadeaux traditionnels
pour offrir une intervention esthétique", insiste-t-il.
Selon les
statistiques des sociétés médicales, le nombre d'opérations a augmenté
de 20 % depuis 1990, et l'Espagne est devenu le pays européen qui
enregistre le plus d'interventions de ce type.
Il se retrouve en
troisième position dans le monde, juste derrière les Etats-Unis et le
Brésil.
Pour Pilar Rodrigo, l'augmentation mammaire, la liposuccion et –
moins souvent – l'augmentation des lèvres sont les opérations les plus
populaires auprès des adultes comme des adolescentes.
Parce que ce sont
surtout des filles qui se présentent aux consultations médicales avec
l'intention de se soumettre à des opérations esthétiques.
Des
opérations qui, aux yeux des spécialistes, devraient être complètement
séparées d'autres types d'interventions qui peuvent répondre à de
véritables besoins.
"La chirurgie esthétique n'est pas là pour
permettre de s'adapter à la mode, mais pour résoudre de véritables
problèmes", soutient Ángel Martín, directeur médical du Centre clinique
Menorca.
Paloma a attendu. Il y a quelques mois, à tout juste 18 ans, elle
est passée sur la table d'opération pour subir une intervention
d'augmentation mammaire.
Elle en rêvait depuis ses 13 ans. "J'étais
très complexée. Je n'aimais pas mon image, je n'étais pas contente de
mon physique, c'est pourquoi j'ai décidé de me faire opérer."
Aujourd'hui, elle est ravie de sa toute nouvelle taille 90. "J'ai
choisi une taille normale… Il ne faut pas exagérer non plus,
plaisante-t-elle. Maintenant, je porte un soutien-gorge parce que j'en
ai besoin, alors qu'avant j'en mettais un juste pour porter quelque
chose."
Après l'opération, qu'elle continue à payer – "J'ai demandé un
plan de financement – sinon, je n'aurais jamais pu me l'offrir !" –,
elle a songé se soumettre à une autre intervention. "Mais je ne crois
pas que je le ferai, ce serait abuser", plaisante-t-elle.
Repères
• Cinq types d'intervention représentent l'essentiel des opérations
de chirurgie esthétique dans le monde : la liposuccion, le lifting,
l'augmentation mammaire, la rhinoplastie (modification de la forme du
nez) et la blépharoplastie (modification des paupières).
• Au Royaume-Uni, 6,7 millions d'euros de prêts sont accordés chaque année pour des interventions de chirurgie esthétique.
• En Colombie, 30 000 personnes viennent chaque année profiter du savoir-faire des chirurgiens plasticiens locaux.
• Au Liban, la Lebanon's First National Bank vient de lancer un
prêt – d'un montant maximum de 3 400 euros – destiné spécifiquement à
ceux et celles qui souhaitent recourir à la chirurgie esthétique.
Environ 1 000 interventions plastiques sont réalisées chaque année au
pays du Cèdre.
Source
El País

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